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⚠️ Avertissement médico-éducatif : Les informations publiées sur MemoClinique sont destinées exclusivement à des fins pédagogiques pour les étudiants en formation infirmière. Elles ne remplacent pas un avis médical professionnel ni les protocoles officiels de votre établissement.
Qu’est-ce que l’oncologie infirmière ?
La fiche oncologie infirmier est un outil de référence incontournable pour tout soignant ou étudiant IDE confronté à la prise en charge d’un patient atteint de cancer. L’oncologie est la spécialité médicale qui étudie, diagnostique et traite les tumeurs malignes. Elle représente l’un des domaines les plus complexes — et les plus humains — de la pratique infirmière.
Selon l’Institut National du Cancer (INCa), plus de 433 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année en France. Cette réalité fait de l’oncologie un champ de compétences prioritaire pour les infirmiers en exercice comme pour les étudiants en IFSI.
L’infirmier en oncologie intervient à toutes les étapes du parcours de soin : du diagnostic à la rémission, en passant par les phases de traitement souvent intenses (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie). Son rôle est à la fois technique, relationnel et éducatif. Pour bien comprendre les bases de l’exercice infirmier dans ce contexte, consultez également notre fiche sur le rôle propre et prescrit de l’infirmier.
💡 Schéma illustrant le parcours de soin en oncologie (diagnostic → traitement → suivi)

Rôle de l’infirmier en oncologie
Le rôle infirmier en oncologie dépasse largement l’exécution des prescriptions médicales. L’IDE est un pivot central dans la coordination des soins et le soutien au patient.
Missions techniques
Parmi les actes techniques relevant du rôle propre et prescrit de l’infirmier en oncologie :
- Pose et surveillance des voies veineuses centrales (VVC, PAC — Port-à-Cath)
- Préparation et administration des traitements de chimiothérapie (sous protocole strict)
- Surveillance des paramètres vitaux et de l’état général
- Réalisation des pansements complexes (plaies tumorales, sites opératoires)
- Prélèvements biologiques (NFS, ionogramme, bilan hépatique)
- Gestion des perfusions et des traitements symptomatiques
Missions relationnelles et éducatives
Le cancer bouleverse la vie du patient et de son entourage. L’infirmier joue un rôle essentiel dans :
- L’annonce accompagnée du diagnostic (en lien avec le médecin)
- L’écoute active et le soutien psychologique
- L’information sur les traitements et leurs effets
- L’éducation thérapeutique pour l’automédication à domicile
- La coordination avec l’équipe pluridisciplinaire (médecins, psychologues, assistants sociaux, diététiciens)
Pour approfondir les spécificités de la communication en soins difficiles, notre fiche sur la relation soignant-soigné vous apportera des outils concrets.
Chimiothérapie : administration et surveillance infirmière
La chimiothérapie représente l’un des piliers du traitement oncologique. Pour la fiche oncologie infirmier, c’est un chapitre critique qui exige rigueur et vigilance constante.
Avant l’administration : les vérifications obligatoires
Avant toute perfusion de chimiothérapie, l’IDE doit impérativement :
- Vérifier l’identité du patient (bracelet, date de naissance, concordance avec la prescription)
- Contrôler la prescription médicale : protocole, dosage, surface corporelle, date de la dernière cure
- Vérifier les résultats biologiques récents : NFS (neutrophiles ≥ 1 500/mm³ en général), créatinine, bilan hépatique
- Évaluer l’état clinique : poids, tension artérielle, température, état des muqueuses
- Vérifier la perméabilité de la voie d’abord (VVP ou PAC) et l’absence d’extravasation
- S’assurer du consentement éclairé du patient
La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande la double vérification indépendante à chaque étape de la préparation et de l’administration des cytotoxiques.
Pendant l’administration
- Porter les équipements de protection individuelle (EPI) adaptés aux cytotoxiques : blouse, gants, lunettes de protection
- Respecter scrupuleusement les débits et durées de perfusion du protocole
- Surveiller toutes les 15 à 30 minutes en début de cure : signes d’allergie, d’extravasation, modification de l’état général
- Rester disponible et rassurer le patient
Conduite à tenir en cas d’extravasation
L’extravasation (passage du produit cytotoxique hors de la veine) est une urgence infirmière. La procédure standard inclut :
- Arrêt immédiat de la perfusion
- Aspiration du produit résiduel sans retirer l’aiguille
- Application du protocole spécifique au produit (chaud ou froid selon la molécule)
- Traçabilité immédiate et information du médecin référent
💡 Tableau récapitulatif des produits cytotoxiques vésicants et irritants avec conduite à tenir

Effets secondaires à surveiller en oncologie
La surveillance des effets secondaires est au cœur de la fiche oncologie infirmier. Les traitements anticancéreux sont puissants et peuvent engendrer des complications sévères s’ils ne sont pas détectés rapidement.
Effets hématologiques (les plus fréquents et dangereux)
| Complication | Seuil d’alerte | Signes cliniques | Conduite à tenir |
|---|---|---|---|
| Neutropénie | PNN < 500/mm³ | Fièvre ≥ 38,5°C, frissons | Bilan infectieux urgent, hémocultures |
| Anémie | Hb < 8 g/dL | Pâleur, dyspnée, tachycardie | Transfusion selon prescription |
| Thrombopénie | Plaquettes < 50 000/mm³ | Pétéchies, saignements | Surveillance rapprochée, injection IM contre-indiquée |
La neutropénie fébrile est une urgence médicale absolue. Tout épisode de fièvre chez un patient sous chimiothérapie doit être pris en charge dans les 60 minutes. Les critères de gravité et le score MASCC permettent d’orienter la prise en charge selon les recommandations SFNEP et IDSA.
Effets digestifs
- Nausées et vomissements : évaluation avec l’échelle NCI-CTCAE, administration des antiémétiques selon protocole
- Mucite : inflammation douloureuse des muqueuses buccales, évaluation par l’échelle OMS (grade 0 à 4), bains de bouche pluriquotidiens
- Diarrhée et constipation : surveillance du transit, hydratation adaptée
Effets sur la peau et les phanères
- Alopécie : perte de cheveux souvent temporaire, impact psychologique majeur à ne pas sous-estimer
- Syndrome main-pied (érythrodyesthésie palmo-plantaire) : rougeurs, douleurs, peeling — éducation du patient sur les soins locaux
- Onycholyse : décollement des ongles, port de gants de froid recommandé selon les molécules
Effets neurologique et cardiaque
- Neuropathie périphérique : fourmillements, engourdissements des extrémités — évaluation neurologique régulière
- Cardiotoxicité (anthracyclines, trastuzumab) : surveillance de la FEVG par échocardiographie régulière
💡 Infographie des effets secondaires de la chimiothérapie classés par système organique

Soins de support et confort du patient
Les soins de support font partie intégrante de la prise en charge oncologique. Ils visent à améliorer la qualité de vie du patient tout au long du traitement, et constituent un axe reconnu par le Plan Cancer national{target= »_blank »}.
Gestion de la douleur
La douleur cancéreuse doit être évaluée systématiquement à chaque contact infirmier. Les outils utilisés sont :
- L’échelle numérique (EN 0-10) ou l’échelle visuelle analogique (EVA) chez les patients communicants
- Les échelles comportementales (ALGOPLUS, DOLOPLUS) pour les patients non communicants
L’infirmier adapte la surveillance à la prescription antalgique selon les paliers de l’OMS et signale toute douleur non contrôlée au médecin. Notre fiche sur la prise en charge de la douleur en soins infirmiers détaille les protocoles antalgiques étape par étape.
Nutrition et hydratation
La dénutrition touche 40 à 80 % des patients cancéreux selon le type de cancer, d’après les données de la Société Francophone de Nutrition Clinique et Métabolisme (SFNCM). L’IDE évalue :
- Le statut nutritionnel (poids, IMC, score NRS-2002)
- La tolérance alimentaire et les difficultés de déglutition
- La nécessité d’une nutrition entérale ou parentérale en lien avec la diététicienne
Soutien psychologique
Le cancer génère anxiété, dépression et crises existentielles. L’infirmier repère les signes de détresse psychologique et oriente vers le psycho-oncologue. L’utilisation d’outils validés comme le Distress Thermometer (thermomètre de détresse) est recommandée en pratique courante.
Protocoles et traçabilité en oncologie
La rigueur protocolaire est non négociable en oncologie. Les erreurs médicamenteuses en chimiothérapie peuvent avoir des conséquences gravissimes et représentent un enjeu majeur de sécurité des soins.
Le dossier de soins en oncologie
Chaque geste doit être tracé immédiatement dans le dossier patient informatisé (DPI) :
- Heure d’administration exacte, débit, volume administré
- Nom et numéro de lot de chaque produit cytotoxique
- État clinique du patient avant, pendant et après la perfusion
- Tout incident ou effet indésirable observé
- Transmissions infirmières complètes et ciblées
La double vérification indépendante
En oncologie, la double vérification indépendante par deux professionnels (infirmier + pharmacien ou deux IDE) est une règle de sécurité recommandée par la HAS pour toute administration de chimiothérapie. Elle permet de réduire significativement les erreurs de dose et d’identité.
💡 Image recommandée : Checklist visuelle de double vérification avant administration de chimiothérapie ALT : « double vérification chimiothérapie infirmier HAS protocole »
Gestion des déchets cytotoxiques
Les déchets issus de la chimiothérapie sont classés DASRI (Déchets d’Activité de Soins à Risques Infectieux). Ils suivent une filière d’élimination spécifique avec container adapté, distinct des déchets conventionnels, conformément à la réglementation en vigueur.
Éducation thérapeutique et accompagnement
L’éducation thérapeutique du patient (ETP) est un axe majeur de la pratique infirmière en oncologie, notamment avec le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD) et des thérapies orales.
Les thérapies orales : un enjeu de sécurité majeur
De plus en plus de chimiothérapies sont administrées par voie orale à domicile (capécitabine, imatinib, erlotinib…). L’IDE doit éduquer le patient sur :
- La prise aux horaires stricts prescrits
- La manipulation sécurisée des comprimés (ne pas écraser, port de gants)
- Les signes d’alerte nécessitant un contact urgent avec l’équipe
- L’absence d’automédication sans accord médical (interactions médicamenteuses fréquentes)
Accompagnement des proches aidants
Le cancer n’est pas une maladie individuelle — il touche toute la famille. L’infirmier intègre les proches dans les transmissions d’information et les oriente vers des associations de soutien reconnues comme la Ligue nationale contre le Cancer , qui propose un accompagnement gratuit aux patients et à leurs proches.
Pour renforcer vos compétences en éducation thérapeutique, explorez notre fiche sur l’ETP et le rôle infirmier.
Conclusion
La fiche oncologie infirmier synthétise un domaine vaste et exigeant. De la surveillance hématologique à l’éducation thérapeutique, en passant par la gestion de la douleur et les soins de support, l’infirmier en oncologie est un professionnel polyvalent, rigoureux et profondément humain.
Maîtriser ces fondamentaux est essentiel pour garantir la sécurité des patients et la qualité des soins. Consultez régulièrement les recommandations de l’INCa et de la HAS — les pratiques évoluent rapidement en oncologie.
👉 Complétez vos révisions avec notre fiche hématologie infirmier et notre article sur la prise en charge de la douleur en soins infirmiers.
FAQ — Questions fréquentes
Quel est le rôle de l’infirmier lors de l’administration de la chimiothérapie ?
L’infirmier vérifie la prescription, contrôle les bilans biologiques, prépare et administre le traitement sous protocole strict, surveille le patient pendant et après la perfusion, et assure la traçabilité complète dans le dossier.
Qu’est-ce que la neutropénie fébrile en oncologie ?
C’est une complication urgente caractérisée par une fièvre ≥ 38,5°C associée à un taux de polynucléaires neutrophiles < 500/mm³. Elle impose une prise en charge médicale dans l’heure, avec bilan infectieux et antibiothérapie probabiliste.
Comment évaluer la douleur chez un patient cancéreux ?
On utilise l’échelle numérique (0-10) ou l’EVA chez les patients communicants, et les échelles comportementales (ALGOPLUS, DOLOPLUS) chez les patients non communicants. L’évaluation doit être systématique et tracée à chaque contact infirmier.
Qu’est-ce qu’une extravasation et comment la gérer ?
L’extravasation est le passage accidentel d’un cytotoxique hors de la veine. Elle nécessite l’arrêt immédiat de la perfusion, l’aspiration du résidu, l’application du protocole spécifique au produit, et l’information du médecin en urgence.
Les thérapies orales sont-elles moins dangereuses que la chimiothérapie IV ?
Non. Les thérapies orales sont tout aussi puissantes et nécessitent une éducation rigoureuse du patient sur la prise, la manipulation sécurisée et les signes d’alerte à surveiller.



