Pharmacologie Infirmière : 10 Classes Essentielles à Maîtriser en Stage

Fiches pharmacologie infirmière réussir l’UE 2.11 en IFSI

Temps de lecture estimé : 16 minutes — Dernière mise à jour : Mai 2026


Table of Contents


Introduction {#introduction}

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Chaque année en France, les erreurs médicamenteuses représentent plus de 130 000 hospitalisations évitables et sont impliquées dans environ 10 000 décès [À VÉRIFIER — Source : ANSM / Santé Publique France].

La majorité de ces erreurs survient lors de l’administration — c’est-à-dire au moment précis où l’infirmier(ère) est en première ligne.

La pharmacologie n’est pas une matière réservée aux médecins.

C’est une compétence vitale pour l’IDE, qui administre, surveille, réévalue et alerte.

Que vous soyez étudiant IFSI ou ISPITS, cet article est votre guide de survie pharmacologique pour le stage. Non pas la liste exhaustive du Vidal, mais les 10 classes médicamenteuses que vous rencontrerez le plus souvent — avec, pour chacune, ce que vous devez savoir, surveiller et signaler.

À la fin de cette lecture, vous serez capable de :

  • ✅ Appliquer la règle des 5B pour toute administration médicamenteuse
  • ✅ Identifier les effets indésirables majeurs des 10 classes essentielles
  • ✅ Connaître les surveillances IDE spécifiques à chaque classe
  • ✅ Réaliser les calculs de doses avec les formules validées
  • ✅ Reconnaître les 7 erreurs médicamenteuses les plus fréquentes

1. La règle des 5B : l’anti-erreur médicamenteuse {#5b}

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Définition

La règle des 5B (ou 5 Bons) est le protocole de vérification obligatoire avant toute administration médicamenteuse. Elle est reconnue par la HAS comme standard de sécurité médicamenteuse.

BonVérificationQuestion à se poser
1. Bon médicamentIdentité du médicamentEst-ce bien le médicament prescrit ?
2. Bon patientIdentité du patientEst-ce bien le patient concerné ? (2 identifiants)
3. Bonne doseCalcul et dosageLa dose est-elle conforme à la prescription ?
4. Bonne voieVoie d’administrationLa voie est-elle correcte et appropriée ?
5. Bon momentTimingL’heure est-elle respectée ? Les conditions requises ?

💡 À retenir :

Certains établissements utilisent les 10B : ajoutent Bonne durée, Bon débit, Bon enregistrement, Bonne conservation, Bon périmètre (compétence). Vérifiez les protocoles de votre lieu de stage.

La double vérification indépendante (DVI)

Pour les médicaments à risque élevé (insuline, anticoagulants, potassium IV, morphine), une double vérification par deux IDE est obligatoire dans de nombreux établissements.

📋 Médicaments nécessitant une double vérification :

  • Insuline (risque hypoglycémie)
  • Anticoagulants IV (risque hémorragique)
  • Potassium IV (risque arrêt cardiaque si concentré)
  • Morphine et opioïdes (risque dépression respiratoire)
  • Médicaments pédiatriques (marge thérapeutique étroite)
  • Chimiothérapies (marge très étroite, toxicité majeure)

2. Classe 1 — Anticoagulants {#anticoagulants}

Pourquoi c’est la classe la plus critique

Les anticoagulants sont en tête des médicaments impliqués dans les accidents iatrogènes graves en France. Leur marge thérapeutique est étroite : sous-dosage = thrombose, surdosage = hémorragie.

Héparine Non Fractionnée (HNF)

Indications : Traitement curatif des thromboses, embolie pulmonaire, fibrillation auriculaire, hémodialyse.

Voie : IV continue (seringue électrique) ou SC.

Surveillance IDE :

ParamètreFréquenceSeuil d’alerte
TCA (Temps de Céphaline Activée)Toutes les 6h en phase d’équilibrationTCA cible : 2 à 3 fois le témoin
PlaquettesToutes les 48h (risque TIH)Chute > 30% = TIH suspectée
Signes hémorragiquesÀ chaque soinHématurie, épistaxis, ecchymoses
Injection SCÀ chaque injectionRotation des sites ++

🚨 TIH (Thrombopénie Induite par l’Héparine) : Chute des plaquettes > 30% entre J5 et J21 d’un traitement héparine = urgence.

Stopper l’héparine, alerter médecin immédiatement, jamais remplacer par une autre HBPM.

Antidote : Sulfate de protamine (neutralise 100 UI d’héparine par mg de protamine).

Héparines de Bas Poids Moléculaire (HBPM)

Exemples : Enoxaparine (Lovenox), Tinzaparine (Innohep), Daltéparine (Fragmine).

Avantages vs HNF : Voie SC uniquement, pas de monitoring TCA en préventif, effet prévisible.

Surveillance IDE :

  • Numération plaquettaire (risque TIH, moindre qu’avec HNF mais possible)
  • Signes hémorragiques
  • Fonction rénale (contre-indiquée si ClCr < 30 mL/min pour la plupart)
  • Rotation des sites d’injection (abdomen, 5 cm autour du nombril)

📋 Technique d’injection HBPM :

  • Pli cutané maintenu pendant toute l’injection
  • Angle de 90° (ou 45° chez les patients maigres)
  • Ne pas purger la seringue (bulle d’air = bolus final voulu)
  • Ne pas frotter après injection (risque hématome)
  • Rotation des sites documentée

AVK (Antivitamines K)

Exemples : Warfarine (Coumadine), Fluindione (Préviscan), Acénocoumarol (Sintrom).

Surveillance : INR (International Normalized Ratio)

INR cibleIndication
2,0 – 3,0Fibrillation auriculaire, TVP, EP
2,5 – 3,5Prothèse valvulaire mécanique

Conduite IDE si INR hors cible :

  • INR < cible → risque thrombotique → alerter médecin
  • INR > 4 sans saignement → alerter médecin, arrêt AVK possible
  • INR > 5 avec saignement → URGENCE → vitamine K IV + complexe prothrombinique (Kaskadil)

Interactions majeures AVK : Antibiotiques, AINS, paracétamol > 3g/j, amiodarone, oméprazole, alcool.

AOD (Anticoagulants Oraux Directs)

Exemples : Rivaroxaban (Xarelto), Apixaban (Eliquis), Dabigatran (Pradaxa).

Avantages : Pas de monitoring INR en routine, effets prévisibles.

Surveillance IDE :

  • Créatinine / DFG (élimination rénale, CI si DFG < 30 ou 15 selon molécule)
  • Signes hémorragiques
  • Observance (prise avec repas pour certains)
  • Antidotes : Idarucizumab (Pradaxabind) pour dabigatran / Andexanet alfa pour anti-Xa

3. Classe 2 — Antihypertenseurs {#antihypertenseurs}

Vue d’ensemble des 5 familles

FamilleExemplesMécanismeSurveillance IDE
IECRamipril, PerindoprilInhibent SRAAToux sèche (EI fréquent), kaliémie, créatinine, PA
ARA II / SartansLosartan, ValsartanBloquent récepteur Ang IIHyperkaliémie, PA, créatinine (moins de toux)
BêtabloquantsMétoprolol, BisoprololBloquent récepteurs bêtaFC (ne pas donner si < 50/min), PA, dyspnée, glycémie
Inhibiteurs calciquesAmlodipine, DiltiazemVasodilatationŒdèmes des chevilles, tachycardie réflexe, PA
DiurétiquesFurosémide, HydrochlorothiazideNatriurèseIonogramme, PA, diurèse

Surveillance commune à tous les antihypertenseurs

📋 Checklist surveillance antihypertenseurs :

  • Pression artérielle avant chaque prise (ne pas donner si PA syst. < 100 mmHg)
  • Fréquence cardiaque (bêtabloquants : ne pas donner si FC < 50/min)
  • Signes d’hypotension orthostatique : vertiges, malaise en se levant
  • Ionogramme régulier (IEC/ARA II = hyperkaliémie, diurétiques = hypokaliémie)
  • Fonction rénale (IEC/ARA II contre-indiqués si sténose artère rénale bilatérale)
  • Éducation : ne jamais arrêter brutalement (rebond hypertensif)

⚠️ Attention bêtabloquants : Masquent les symptômes d’hypoglycémie (tachycardie absente) chez les patients diabétiques. Vigilance renforcée si association insuline + bêtabloquant.


4. Classe 3 — Diurétiques {#diuretiques}

Les 3 grandes familles

Diurétiques de l’anse (furosémide = Lasilix) :

  • Action puissante et rapide
  • Indication : OAP, insuffisance cardiaque, surcharge hydrosodée
  • Surveillance : diurèse horaire, ionogramme (hypokaliémie +++), PA, poids
  • Effets indésirables : hypokaliémie, hyponatrémie, déshydratation, ototoxicité (doses élevées IV)

Diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide) :

  • Action modérée, HTA chronique
  • Surveillance : ionogramme, glycémie (effet hyperglycémiant), acide urique (goutte)

Diurétiques épargneurs de potassium (spironolactone = Aldactone) :

  • Souvent en association avec furosémide pour compenser la perte de K+
  • Surveillance : hyperkaliémie (risque majeur, surtout si combiné IEC/ARA II)
  • CI : insuffisance rénale sévère, hyperkaliémie

💡 À retenir : Furosémide IV en urgence → surveiller la diurèse toutes les heures. Objectif : > 0,5 mL/kg/h.


5. Classe 4 — Insulines et antidiabétiques {#insulines}

Les types d’insuline et leur durée d’action

TypeExemplesDébut actionDuréeSurveillance
Ultra-rapideNovoRapid, Humalog10-15 min2-4hRepas doit suivre IMMÉDIATEMENT
RapideActrapid30-60 min5-8hRepas dans les 30 min
IntermédiaireNPH (Insulatard)1-3h12-16hInjection 1-2/j
Lente / Ultra-lenteLantus, Toujeo, Levemir1-4h20-24h+Pas de pic, 1/j à heure fixe
PrémixNovoMix 30Rapide + intermédiaireVariable2/j avant repas

La surveillance glycémique IDE

📋 Protocole surveillance glycémique :

  • Glycémie capillaire AVANT chaque injection d’insuline rapide
  • Glycémie capillaire AVANT les repas (et 2h après si diabète instable)
  • Glycémie systématique si signes d’hypo ou hyper
  • Vérifier que le patient mange AVANT l’insuline ultra-rapide
  • Rotation des sites d’injection (lipodystrophie = absorption erratique)

Hypoglycémie (glycémie < 0,60 g/L) :

  • Signes : sueurs, tremblements, pâleur, faim, tachycardie, confusion
  • Patient conscient capable d’avaler → sucre rapide (3 morceaux de sucre ou jus de fruits)
  • Patient inconscient → glucosé 30% IV ou glucagon IM/SC (si VVP impossible)
  • Réévaluer glycémie 15 min après

Hyperglycémie (glycémie > 2,50 g/L) :

  • Signes : polyurie, polydipsie, fatigue, somnolence
  • Alerter médecin, vérifier l’observance des injections, rechercher une cause (infection ++)

Antidiabétiques oraux — surveillance IDE

MédicamentFamilleRisque principalSurveillance
MetformineBiguanideAcidose lactique (surdosage, IR)Créatinine, stopper si acte iodé
Sulfamides (Glibenclamide)SulfamidesHypoglycémie prolongéeGlycémie ++ (demi-vie longue)
Gliflozines (Dapagliflozine)SGLT2Infections urinaires, DKADiurèse, glycémie, bandelette urinaire
Analogues GLP-1 (Ozempic)IncrétinesNausées, vomissementsPoids, PA, tolérance digestive

6. Classe 5 — Antalgiques (paliers OMS) {#antalgiques}

Palier 1 — Paracétamol

Dose adulte : 1g toutes les 6h, maximum 4g/24h.

Surveillance IDE :

  • Hépatotoxicité si surdosage (alcoolisme, dénutrition, insuffisance hépatique → réduire à 2g/24h)
  • Vérifier l’absence de cumul avec associations fixes (Efferalgan Codéiné, Doliprane, Dafalgan = tout paracétamol)
  • IV : perfusion 15 minutes minimum

Signes de surdosage : Nausées, vomissements, douleur épigastrique, ictère (tardif).

Palier 2 — Tramadol

Dose adulte : 50-100 mg toutes les 6-8h, maximum 400 mg/24h.

Surveillance IDE :

  • Nausées/vomissements (EI fréquents — antiémétique associé souvent prescrit)
  • Abaissement du seuil épileptique (CI si épilepsie non contrôlée)
  • Interactions : IMAO (CI absolue), sérotoninergiques (syndrome sérotoninergique)
  • Somnolence et risque de chute

Palier 3 — Morphine et opioïdes forts

Surveillance IDE — priorité absolue :

ParamètreFréquenceSeuil d’alerteAction
Fréquence respiratoireAvant chaque injection IV, toutes les 1-2h< 12/minNaloxone + SAMU
Score de sédationToutes les 1-2hSédation excessiveRéduire débit/dose
SpO2Continue si titration IV< 92%O2 + Naloxone si bradypnée
Douleur (EVA/EN)Avant et 15-20 min après IVEVA > 4 persistantAlerter médecin
ConstipationQuotidienAbsence de selles > 48hLaxatif préventif systématique
NauséesÀ chaque administrationVomissementsAntiémétique sur prescription

💊 Naloxone (Narcan) :

  • Antidote des opioïdes — toujours disponible si morphine IV
  • Dose : 0,4 mg IV, répéter toutes les 2-3 min si besoin
  • Durée d’action courte (30-60 min) → surveiller la récidive de sédation

7. Classe 6 — Antibiotiques {#antibiotiques}

Les grandes familles et leurs particularités IDE

Bêta-lactamines (pénicillines, céphalosporines) :

  • Risque : allergie (10% des patients se déclarent allergiques, 1% vraie anaphylaxie)
  • TOUJOURS vérifier l’allergie avant administration
  • Allergie croisée pénicilline/céphalosporine : environ 2% (vérifier avec médecin)
  • Perfusion IV : respecter le débit prescrit (trop rapide = irritation veineuse)

Aminosides (gentamicine, amikacine) :

  • Antibiotiques puissants pour infections sévères
  • Néphrotoxicité et ototoxicité majeures
  • Surveillance : créatinine et urée avant et pendant le traitement
  • Dosage unique journalier préférable (pharmacocinétique concentration-dépendante)
  • Ne jamais mélanger avec bêta-lactamines dans la même perfusion (inactivation)

Fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine) :

  • Risque de tendinopathie (tendon d’Achille ++) voire rupture tendineuse
  • Allongement du QT (surveillance ECG si association à d’autres médicaments allongeant le QT)
  • Photosensibilisation (conseiller la protection solaire)

Glycopeptides (vancomycine) :

  • Antibiothérapie des infections à SARM (staphylocoques résistants)
  • Néphrotoxicité et ototoxicité
  • Perfusion LENTE obligatoire (Red Man Syndrome si trop rapide : flush, prurit, érythème)
  • Suivi des dosages sériques (résiduelle avant dose)

📋 Checklist administration antibiotiques :

  • Vérifier allergie connue (interroger le patient + dossier)
  • Vérifier reconstitution et dilution (notice ou protocole)
  • Respecter le débit de perfusion prescrit
  • Surveiller signes d’allergie pendant les 30 premières minutes
  • Respecter les horaires (efficacité temps-dépendante pour bêtalactamines)
  • Tracer l’heure d’administration (antibiothérapie = chrono critique)

8. Classe 7 — Bronchodilatateurs {#bronchodilatateurs}

Bêta-2 agonistes (salbutamol = Ventoline)

Action : Bronchodilatation par relaxation des muscles lisses bronchiques.

Formes : Inhalation (aérosol-doseur), nébulisation, IV (urgence).

Surveillance IDE :

  • Tachycardie (EI fréquent — surveiller FC avant et après)
  • Tremblements des extrémités (dose-dépendant)
  • Hypokaliémie en cas d’utilisation répétée (surveillance ionogramme)
  • Efficacité auscultatoire : réévaluer les sibilants 15 min après nébulisation

Technique de nébulisation :

  • Diluer le médicament dans 3-5 mL de NaCl 0,9%
  • Débit : 6-8 L/min d’O2 (ou air médical)
  • Durée : 10-15 minutes
  • Position demi-assise

Anticholinergiques (ipratropium = Atrovent)

  • Souvent associé au salbutamol dans la BPCO exacerbée
  • EI : sécheresse buccale, rétention urinaire (CI : glaucome à angle fermé)
  • Pas d’effet systémique majeur par voie inhalée

9. Classe 8 — Médicaments cardiovasculaires {#cardiovasculaires}

Digoxine (Digoxin)

Action : Inotrope positif (augmente la contractilité cardiaque) + chronotrope négatif (ralentit la FC).

Indications : Insuffisance cardiaque, fibrillation auriculaire.

Marge thérapeutique très étroite → risque de surdosage (intoxication digitalique)

Surveillance IDE — PRIORITAIRE :

  • FC avant chaque prise — ne JAMAIS administrer si FC < 60/min
  • Signes de surdosage : nausées, vomissements, troubles visuels (halos jaunes/verts), troubles du rythme
  • Kalémie (hypokaliémie potentialise la toxicité de la digoxine)
  • Dosage sérique de digoxine (résiduelle : 0,8 à 2 ng/mL thérapeutique)

Amiodarone (Cordarone)

Action : Antiarythmique de classe III — allonge la repolarisation.

Indications : FA, flutter, tachycardie ventriculaire.

Effets indésirables à long terme (surveillance IDE) :

  • Thyroïde : hypothyroïdie OU hyperthyroïdie (bilan thyroïdien tous les 6 mois)
  • Poumon : pneumopathie à l’amiodarone (toux + dyspnée → radio thorax)
  • Peau : photosensibilité (protection solaire obligatoire), dépôts cornéens
  • Foie : hépatotoxicité (bilan hépatique)
  • ECG : allongement du QT (surveillance ECG régulière)

Dérivés nitrés (trinitrine = Natispray, isosorbide dinitrate)

Action : Vasodilatation coronaire et systémique → soulagement de l’angor.

Formes :

  • Spray sublingual (trinitrine) : angor aigu — 1 bouffée, à renouveler après 5 min si douleur persistante, maximum 3 bouffées
  • IV (Risordan) : OAP sévère, angor instable

Surveillance IDE :

  • PA avant chaque administration (CI si PA < 90/60 mmHg)
  • Céphalées (EI fréquent = vasodilatation cérébrale, réassurer le patient)
  • Hypotension orthostatique (lever progressif)
  • CI absolue si prise de sildénafil/tadalafil (Viagra, Cialis) dans les 24-48h → hypotension sévère

10. Classe 9 — Psychotropes et benzodiazépines {#psychotropes}

Benzodiazépines (BZD)

Exemples : Diazépam (Valium), Lorazépam (Temesta), Midazolam (Hypnovel), Alprazolam (Xanax).

Indications : Anxiolyse, insomnie, épilepsie, prémédication, sevrage alcoolique.

Surveillance IDE :

  • Somnolence et risque de chute (lever accompagné, barres de lit relevées)
  • Dépression respiratoire (surveiller FR, SpO2 si IV)
  • Antidote : Flumazénil (Anexate) — durée d’action courte → surveiller récidive de sédation
  • Dépendance physique et psychique → ne jamais arrêter brutalement (sevrage)
  • Personnes âgées : demi-vie allongée, accumulation, chutes++

Antipsychotiques (neuroleptiques)

Exemples : Halopéridol (Haldol), Olanzapine (Zyprexa), Rispéridone (Risperdal).

Surveillance IDE :

  • Syndrome extrapyramidal (raideur, tremblements, akathisie) → signaler médecin
  • Syndrome malin des neuroleptiques (rare mais mortel) : hyperthermie + rigidité + trouble conscience → URGENCE
  • Allongement du QT (surveillance ECG)
  • Sédation excessive, hypotension orthostatique

Antidépresseurs (ISRS)

Exemples : Fluoxétine (Prozac), Sertraline (Zoloft), Paroxétine (Deroxat).

Surveillance IDE :

  • Syndrome sérotoninergique si association à d’autres sérotoninergiques (tramadol, triptans) : agitation, myoclonies, hyperthermie → urgence
  • Hyponatrémie (surtout personnes âgées)
  • Pensées suicidaires en début de traitement (paradoxal — surveiller et informer)
  • Délai d’efficacité : 2-4 semaines (éducation patient indispensable)

11. Classe 10 — Corticoïdes {#corticoides}

Les corticoïdes systémiques

Exemples : Prédnisone (Cortancyl), Méthylprednisolone (Solumedrol), Dexaméthasone (Soludécadron).

Indications : Anti-inflammatoire puissant, immunosuppression, choc anaphylactique, BPCO exacerbée.

Effets indésirables et surveillance IDE

Effet indésirableMécanismeSurveillance IDE
HyperglycémieNéoglucogenèse ++Glycémie capillaire quotidienne
HTARétention hydrosodéePA quotidienne, poids
OstéoporoseInhibition ostéoblastesSupplément calcium + vit D (si traitement prolongé)
ImmunosuppressionDiminution défensesSurveiller signes infectieux (fièvre masquée !)
Ulcère gastriqueProtection muqueuse ↓Gastroprotecteur prescrit ? Douleurs épigastriques ?
Troubles psychiatriquesEffet centralAgitation, insomnie, euphorie ou dépression
Insuffisance surrénalienneArrêt brutalNE JAMAIS arrêter brutalement — décroissance progressive

📋 Checklist corticoïdes :

  • Glycémie capillaire (quotidienne minimum)
  • PA et poids (rétention hydrosodée)
  • Prise avec repas (gastroprotection)
  • Signes infectieux (fièvre peut être masquée par les corticoïdes)
  • Éducation : ne jamais arrêter brutalement
  • Si traitement prolongé : densitométrie osseuse, calcium, vitamine D

12. Calcul de doses : les formules essentielles {#calcul}

Formule de base — Débit en mL/h (seringue électrique)

Débit (mL/h) = Dose prescrite (mg/h ou UI/h) × Volume total (mL)
               ─────────────────────────────────────────────────
                        Quantité totale (mg ou UI)

Exemple : Morphine 2 mg/h. Seringue : 20 mg morphine dans 20 mL NaCl 0,9%. Débit = 2 × 20 / 20 = 2 mL/h

Formule — Nombre de gouttes par minute (perfusion à gravité)

Débit (gouttes/min) = Volume (mL) × Facteur de gouttes
                      ────────────────────────────────
                          Durée (min)

Facteur de gouttes : Macrogouttes = 20 gttes/mL | Microgouttes = 60 gttes/mL

Exemple : 500 mL en 4h avec macrogouttes. Débit = 500 × 20 / 240 = 41-42 gouttes/min

Formule — Dose en mg/kg

Dose (mg) = Poids (kg) × Dose prescrite (mg/kg)

Exemple : Amoxicilline 50 mg/kg pour enfant de 20 kg. Dose = 20 × 50 = 1 000 mg

Clairance de la créatinine — Formule de Cockcroft

ClCr (mL/min) = (140 - âge) × Poids (kg) × K
                 ────────────────────────────
                       Créatininémie (µmol/L)

K = 1,23 pour homme | K = 1,04 pour femme

Importance : Nécessaire pour adapter les doses d’HBPM, AOD, aminosides, metformine selon la fonction rénale.


13. Les interactions médicamenteuses majeures {#interactions}

Tableau des interactions critiques à connaître

Médicament AMédicament BRisqueAction IDE
AVKAINS, aspirineHémorragie majeureSurveiller INR, signaler
AVKAntibiotiquesPotentialisation AVKSurveiller INR
IMAOTramadol / ISRSSyndrome sérotoninergiqueCI absolue
DigoxineFurosémideHypokaliémie → toxicité digoxineIonogramme ++
BêtabloquantsVérapamil / DiltiazemBradycardie sévère / BAVNe pas associer sans ECG
IEC / ARA IISpironolactoneHyperkaliémie graveIonogramme ++
TrinitrineSildénafil (Viagra)Hypotension sévèreCI absolue
MorphineBZDDépression respiratoireFR + SpO2 +++
AminosidesFurosémideNéphrotoxicité + ototoxicitéCréatinine, audiogramme

14. Cas clinique flash {#cas-clinique}

Situation : M. R., 78 ans, hospitalisé pour décompensation cardiaque. Il reçoit : Furosémide 40mg IV matin, Digoxine 0,25mg PO matin, Ramipril 5mg PO matin, Spironolactone 25mg PO matin, Insuline Lantus 20UI SC soir. Ce matin, sa FC est à 52/min, sa kaliémie à 5,8 mmol/L, sa glycémie capillaire à 0,65 g/L.

Questions : Quels médicaments NE PAS administrer ce matin et pourquoi ?

Réponse guidée :

1. Digoxine 0,25mg → NE PAS ADMINISTRER FC à 52/min < 60/min = contre-indication formelle à la digoxine ce matin. Action : signaler au médecin avant tout, noter l’heure.

2. Spironolactone 25mg → À DISCUTER avec le médecin Kaliémie à 5,8 mmol/L = hyperkaliémie (normale : 3,5-5,0 mmol/L). La spironolactone est épargneuse de potassium et va aggraver l’hyperkaliémie. Action : SBAR médecin avant administration.

3. Insuline Lantus 20UI → TRAITEMENT HYPOGLYCÉMIE EN PRIORITÉ Glycémie 0,65 g/L = hypoglycémie (< 0,70 g/L). Action : Sucre rapide si M. R. peut avaler (ou glucosé 30% si non), réévaluer glycémie 15 min, retarder l’insuline jusqu’à glycémie > 1,0 g/L, appel médecin.

SBAR médecin :

S : « M. R., ch. 14, cardiologie. FC 52/min, kaliémie 5,8, glycémie 0,65 ce matin. » B : « Décompensation cardiaque, traitement : digoxine, spiro, furosémide, ramipril, Lantus. » A : « Digoxine contre-indiquée (FC<60), spironolactone à risque (hyperK+), hypoglycémie en cours de traitement. » R : « Veuillez valider l’adaptation du traitement du matin. Hypoglycémie en cours de correction. »


15. Les 7 erreurs médicamenteuses critiques {#erreurs}

⚠️ Encadré — Erreurs les plus fréquentes en stage :

  1. Ne pas vérifier les 5B → Mauvais patient ou mauvaise dose → toujours vérifier avant d’administrer, jamais « de mémoire »
  2. Donner la digoxine sans vérifier la FC → Bradycardie aggravée → FC avant chaque prise est une obligation absolue
  3. Ne pas vérifier la glycémie avant l’insuline → Hypoglycémie sévère → glycémie systématique avant toute insuline rapide ou basale
  4. Confondre les insulines → Lantus (basale) injectée avant repas au lieu de Novorapid → erreur potentiellement mortelle → lire attentivement le flacon
  5. Administrer un antibiotique sans vérifier l’allergie → Choc anaphylactique → toujours interroger ET vérifier le dossier
  6. Arrêter brutalement les corticoïdes ou bêtabloquants → Insuffisance surrénalienne / rebond hypertensif → décroissance progressive obligatoire
  7. Oublier de tracer l’heure d’administration → Médicament potentiellement re-administré → traçabilité immédiate après chaque administration

16. Mnémoniques exclusives {#mnemonique}

🧠 Mnémonique : la règle des 5B

« Bon Médicament, Bon Patient, Bonne Dose, Bonne Voie, Bon Moment » Vérifier dans cet ordre, à chaque administration, sans exception.


🧠 Mnémonique : digoxine = STOP si…

« FC < 60 → STOP Digoxine » Aussi : hypoK+ potentialise la toxicité → « Dig + Furo = surveiller K+ »


🧠 Mnémonique : morphine = NARCO

Nausées (prévenir) | Antidote disponible (Narcan) | Respiration (FR > 12) | Constipation (laxatif préventif) | Observation continue de la conscience


🧠 Mnémonique : anticoagulants et leurs antidotes

HNF → Protamine | AVK → Vit K + Kaskadil | Dabigatran → Idarucizumab | Anti-Xa → Andexanet


17. Tableau de synthèse finale {#synthese}

ClasseMédicament typeSurveillance IDE critiqueAntidote / Urgence
AnticoagulantsHéparine, AVK, AODTCA, INR, plaquettes, saignementsProtamine / Vit K / Idarucizumab
AntihypertenseursIEC, BêtabloquantPA avant prise, FC (BB < 50 = STOP)Remplissage si hypotension
DiurétiquesFurosémideIonogramme, diurèse, poidsRemplissage, correction K+
InsulinesLantus, NovorapidGlycémie avant injection, repasSucre rapide / Glucosé 30% / Glucagon
Antalgiques P3MorphineFR > 12/min, conscience, SpO2Naloxone (Narcan)
AntibiotiquesPéni, AminosidesAllergie, créatinine, débitAdrénaline si anaphylaxie
BronchodilatateursSalbutamolFC, sibilants post-nébulisation
CardiovasculairesDigoxine, AmiodaroneFC < 60 = STOP digoxine, TSH
PsychotropesBZD, NeuroleptiquesSédation, FR, chutes, extrapyramidalFlumazénil (Anexate) pour BZD
CorticoïdesMéthylprednisoloneGlycémie, PA, signes infectieux, jamais arrêt brutal

18. FAQ — Questions fréquentes {#faq}

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Qu’est-ce que la règle des 5B en pharmacologie infirmière ?

La règle des 5B est le protocole de vérification obligatoire avant toute administration médicamenteuse : Bon médicament, Bon patient, Bonne dose, Bonne voie, Bon moment. Elle constitue la première ligne de défense contre les erreurs médicamenteuses et doit être appliquée sans exception à chaque administration.

Quand ne pas administrer la digoxine ?

La digoxine ne doit jamais être administrée si la fréquence cardiaque est inférieure à 60/min. La surveillance de la FC avant chaque prise est une obligation absolue. En cas de signes de toxicité (nausées, troubles visuels, troubles du rythme), arrêter et alerter immédiatement le médecin.

Quelle est la surveillance IDE prioritaire sous morphine ?

La fréquence respiratoire est la surveillance prioritaire sous morphine. Elle doit être supérieure à 12/min avant chaque administration IV. En cas de bradypnée, administrer la naloxone (Narcan) et appeler le SAMU. La naloxone doit toujours être disponible lors d’une administration de morphine IV.

Comment prévenir les erreurs d’insuline ?

Toujours vérifier la glycémie capillaire avant toute injection d’insuline. Lire attentivement le nom du flacon (Lantus ≠ Novorapid). S’assurer que le repas est disponible avant l’insuline ultra-rapide. La double vérification avec un second IDE est recommandée. Documenter systématiquement l’injection et la glycémie.

Que faire si un patient est allergique à la pénicilline ?

Vérifier l’allergie dans le dossier ET interroger le patient avant toute administration de bêta-lactamine. Signaler l’allergie au médecin prescripteur. Le risque d’allergie croisée avec les céphalosporines est d’environ 2%. En cas de réaction allergique pendant l’administration : arrêter, appeler le médecin, préparer l’adrénaline (anaphylaxie possible).

Quels médicaments nécessitent une double vérification ?

Selon les recommandations HAS, les médicaments à double vérification incluent : l’insuline, les anticoagulants IV, le potassium IV, la morphine et opioïdes forts, les médicaments pédiatriques et les chimiothérapies. La double vérification doit être réalisée par deux IDE indépendamment.

Comment calculer le débit d’une seringue électrique ?

Formule : Débit (mL/h) = Dose prescrite (mg/h) × Volume total (mL) / Quantité totale (mg). Exemple : morphine 2 mg/h dans une seringue de 20 mg/20 mL → débit = 2 × 20/20 = 2 mL/h. Toujours faire vérifier le calcul par un second IDE pour les médicaments à risque.

Pourquoi ne jamais arrêter les corticoïdes brutalement ?

Un traitement corticoïde prolongé entraîne une suppression de l’axe corticosurrénalien. L’arrêt brutal provoque une insuffisance surrénalienne aiguë (hypotension, hypoglycémie, nausées, asthénie intense) pouvant engager le pronostic vital. La décroissance doit être progressive et encadrée médicalement.


19. Points clés à retenir {#points-cles}

✅ Les 5B sont la règle d’or de toute administration — jamais d’exception ✅ Digoxine : FC < 60/min → ne jamais administrer → appel médecin ✅ Morphine : FR < 12/min → Naloxone immédiate + SAMU ✅ Insuline : glycémie capillaire AVANT chaque injection — repas disponible pour ultra-rapide ✅ Antibiotiques : vérifier allergie dans dossier ET en interrogeant le patient ✅ AVK : INR à surveiller — interactions majeures avec AINS, antibiotiques ✅ Corticoïdes : jamais d’arrêt brutal + surveiller glycémie, PA, signes infectieux ✅ HBPM : technique injection — pli cutané maintenu, pas de purge, rotation sites ✅ Amiodarone : surveiller TSH, bilan hépatique, ECG (QT), radio thorax ✅ BZD : risque chute chez PA — antidote flumazénil mais durée courte → surveiller récidive


20. Ressources complémentaires {#ressources}

Articles internes memoclinique.com

Sources externes autoritaires


21. Conclusion {#conclusion}

La pharmacologie infirmière, c’est bien plus que la connaissance des noms de médicaments.

C’est comprendre pourquoi ce médicament peut tuer si mal utilisé. C’est savoir quand dire stop. C’est être capable de détecter en 30 secondes que la FC à 52/min et la digoxine dans le plateau ne vont pas ensemble.

3 réflexes à ancrer dès votre prochain stage :

  1. Les 5B avant chaque administration — sans exception, même sous pression
  2. FC avant digoxine, FR avant morphine, glycémie avant insuline — les 3 vérifications vitales
  3. Tracer immédiatement après administration — jamais « je le ferai après »

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⚠️ Avertissement médico-éducatif

Les informations publiées sur MemoClinique sont destinées exclusivement à des fins pédagogiques pour les étudiants en formation infirmière. Les posologies et protocoles présentés sont des références générales qui ne remplacent jamais la prescription médicale, le Vidal, ni les protocoles officiels de votre établissement. En situation réelle, référez-vous toujours à la prescription et à l’encadrement médical.

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