Table of Contents
Introduction
La surveillance infirmière est au cœur du métier d’infirmier : elle permet de suivre l’état d’un patient, de repérer précocement les signes d’alerte et de sécuriser les soins. Pour organiser ce suivi, le tableau de surveillance infirmière est l’outil de référence : il centralise les constantes vitales, les soins réalisés, la douleur, les traitements administrés et les informations à transmettre.
Dans cet article, rédigé pour les étudiants en soins infirmiers (ESI) et les professionnels, vous découvrirez :
- ce qu’est la surveillance infirmière et son cadre légal ;
- les éléments essentiels d’un bon tableau de surveillance ;
- deux exemples chiffrés et commentés (suivi courant et post-opératoire) ;
- les erreurs à éviter et les bonnes pratiques de traçabilité ;
- un modèle de tableau prêt à adapter en stage ou en service.
Qu’est-ce que la surveillance infirmière ?
La surveillance infirmière consiste à observer le patient de manière régulière et organisée afin d’évaluer si son état s’améliore, reste stable ou se dégrade. Elle fait partie du rôle propre infirmier défini par l’article R. 4311-3 du Code de la santé publique, qui confie à l’infirmier « la surveillance de l’état de santé des personnes ».
En pratique, l’infirmier surveille notamment :
- la tension artérielle (TA) ;
- la fréquence cardiaque (FC) ;
- la fréquence respiratoire (FR) ;
- la saturation pulsée en oxygène (SpO₂) ;
- la température ;
- la douleur ;
- l’état de conscience.
Ces données sont ensuite consignées dans le dossier de soins. Le tableau doit rester simple et lisible, même pendant un service chargé : les informations y sont courtes, chiffrées et datées. Pour approfondir les bases de l’observation clinique, consultez notre guide complet sur la surveillance clinique infirmière.
Pourquoi la surveillance infirmière est-elle essentielle ?
La surveillance infirmière protège le patient à trois niveaux :
- Détection précoce : une tension qui chute, une SpO₂ qui diminue ou une douleur qui s’aggrave sont des signes d’alerte qui exigent une réaction rapide.
- Continuité des soins : chaque membre de l’équipe retrouve au même endroit les informations utiles, ce qui limite les ruptures de transmission.
- Traçabilité juridique : selon l’article R. 4312-69 du Code de la santé publique (consulté en septembre 2026), l’infirmier établit pour chaque patient un dossier de soins contenant les éléments recueillis et les soins prodigués. La Haute Autorité de Santé (HAS) rappelle également que le dossier du patient assure la coordination entre professionnels et la qualité de la prise en charge.
💡 Règle d’or : une information non notée est une information impossible à prouver. Le suivi écrit fait partie intégrante de la qualité des soins.
Comment rédiger une surveillance écrite efficace ?
Le tableau de surveillance infirmière garde une trace écrite de ce qui a été observé, réalisé et transmis. Pour être utile, chaque note doit éviter les formulations vagues.
❌ À proscrire : « Patient pas bien. »
✅ Formulation correcte :
Patient pâle, sueurs, vertiges au lever. TA 90/55 mmHg, FC 112/min. Patient remis au lit. Médecin prévenu à 10h15.
Cette note est efficace car elle décrit les signes observés, donne des valeurs chiffrées, précise l’action réalisée et indique qui a été informé et à quelle heure. Ce type de rédaction structurée s’entraîne très bien sur un cas clinique infirmier corrigé.
Les éléments essentiels d’un tableau de surveillance infirmière
Un bon tableau est rapide à remplir tout en contenant les données indispensables au suivi :
| Élément à surveiller | Pourquoi le noter ? |
|---|---|
| Tension artérielle | Détecter une hypotension ou une hypertension |
| Fréquence cardiaque | Suivre le pouls et repérer une tachycardie |
| Fréquence respiratoire | Vérifier la qualité de la ventilation |
| SpO₂ | Repérer une désaturation |
| Température | Détecter une fièvre ou une hypothermie |
| Douleur (échelle 0–10) | Adapter les soins et évaluer l’efficacité des antalgiques |
| Diurèse | Suivre l’hydratation et la fonction rénale |
| Pansement et drains | Repérer un saignement ou un suintement |
| Traitements administrés | Tracer ce qui a été donné, quand et avec quel effet |
| Transmissions | Informer l’équipe suivante |
Ces rubriques s’adaptent au service : en chirurgie, le suivi des drains et du pansement est prioritaire ; en diabétologie, la glycémie doit être ajoutée. Le tableau ne se remplit jamais de façon automatique : il répond à une logique clinique.
La surveillance des constantes vitales : valeurs de référence
Les constantes vitales donnent une photographie rapide de l’état général. Chez l’adulte au repos, les valeurs usuelles sont :
- Fréquence cardiaque : 60 à 100 battements/minute ;
- Fréquence respiratoire : 12 à 20 cycles/minute ;
- SpO₂ : ≥ 95 % (objectif parfois différent chez les patients insuffisants respiratoires chroniques, selon prescription) ;
- Température : environ 36,5 à 37,5 °C ;
- Tension artérielle : autour de 120/80 mmHg (à interpréter selon le terrain).
⚠️ Ces repères s’interprètent toujours dans le contexte : un patient douloureux, anxieux ou fébrile peut présenter une tachycardie sans gravité immédiate. C’est l’évolution dans le temps, visible grâce au tableau, qui donne le sens clinique. Face à une dégradation, la méthode ABCDE aux urgences vous aide à prioriser votre évaluation.
Exemple de tableau de surveillance infirmière
| Heure | TA (mmHg) | FC (/min) | FR (/min) | SpO₂ | Temp. | Douleur | Observation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 08h00 | 120/70 | 78 | 16 | 98 % | 36,8 °C | 2/10 | Patient calme |
| 12h00 | 118/72 | 82 | 17 | 97 % | 37,0 °C | 3/10 | Douleur légère au mouvement |
| 16h00 | 105/65 | 102 | 22 | 94 % | 37,8 °C | 5/10 | Tendance défavorable — à signaler |
Lecture clinique : à 16h00, plusieurs paramètres se dégradent simultanément — le pouls et la respiration s’accélèrent, la SpO₂ baisse, la douleur augmente, la température grimpe. L’infirmier analyse la situation, rapproche les signes et transmet l’information selon le protocole du service. C’est exactement le raisonnement attendu en stage comme en exercice.
Surveillance de la douleur : mesurer, traiter, réévaluer
La douleur est considérée comme la 5ᵉ constante. Elle modifie le comportement, le sommeil, la respiration et la mobilisation. On l’évalue le plus souvent sur une échelle numérique (EN) de 0 à 10 chez l’adulte conscient.
Dans le tableau, notez systématiquement :
- l’intensité et la localisation ;
- l’heure de l’évaluation ;
- le traitement administré (si prescrit) ;
- la réévaluation après traitement (30 à 60 minutes selon la voie).
✅ Exemple de traçabilité :
Douleur abdominale cotée 6/10 à 14h00. Antalgique administré selon prescription. Réévaluation à 14h30 : douleur 3/10.
Sans réévaluation, personne ne sait si le soin a été efficace : c’est l’une des erreurs les plus fréquentes en pratique. Pour réviser les molécules concernées, appuyez-vous sur nos fiches de pharmacologie infirmière (UE 2.11).
Surveillance du matériel médical
Perfusions, sondes et drains doivent être contrôlés à chaque passage :
- Perfusion / cathéter veineux : débit, douleur, rougeur, gonflement au point de ponction ;
- Sonde urinaire : diurèse, aspect des urines, absence de plicature ;
- Drain : quantité, couleur et aspect du liquide (une hémorragie se traduit par un drainage rouge et abondant) ;
- Oxygénothérapie : débit prescrit versus débit réel, tolérance — voir notre fiche pneumologie infirmier pour les conduites à tenir ;
- Pansement : propre et sec, ou présence de tache/suintement (marquer le contour de la tache d’un stylo et dater).
Surveillance infirmière post-opératoire : exemple commenté
Après une intervention chirurgicale, l’état du patient peut évoluer rapidement : la surveillance est rapprochée et multidimensionnelle.
| Heure | TA | FC | SpO₂ | Douleur | Pansement | Drain | Diurèse | Action |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 08h00 | 122/76 | 80 | 98 % | 2/10 | Propre et sec | 30 ml clair | 250 ml | Surveillance rapprochée |
| 12h00 | 118/72 | 88 | 97 % | 4/10 | Sec | 45 ml rosé | 300 ml | Antalgique selon prescription |
| 13h00 | 120/75 | 82 | 98 % | 1/10 | Sec | Stable | — | Réévaluation douleur : efficace |
| 16h00 | 100/62 | 108 | 95 % | 5/10 | Tache rouge élargie | 120 ml rouge | 150 ml | Médecin prévenu à 16h05 |
Lecture clinique : à 16h00, l’association tension en baisse + tachycardie + drainage rouge abondant + saignement du pansement + diurèse en chute évoque une hémorragie active. Le tableau rend cette évolution visible en un coup d’œil et justifie l’alerte immédiate.
Bonnes pratiques et erreurs à éviter
✅ Bonnes pratiques
- Noter l’heure exacte de chaque relevé et de chaque action ;
- Écrire des valeurs chiffrées (« TA 120/70 mmHg » plutôt que « tension correcte ») ;
- Réévaluer après chaque soin important (antalgique, mise en position, oxygène) ;
- Comparer chaque valeur aux relevés précédents ;
- Transmettre de façon structurée (problème → action → résultat → consigne).
❌ Erreurs fréquentes
- Oublier l’heure : sans horodatage, l’évolution devient impossible à reconstituer ;
- Phrases vagues : « patient stable », « patient faible » ne veulent rien dire sans données ;
- Cases vides : l’équipe ne sait pas si la surveillance n’a pas été faite ou simplement pas notée — écrire « RAS » ou « non évalué » ;
- Absence de réévaluation après un traitement ;
- Ratures et corrections non tracées : une erreur se barre d’un trait, se date et se signe, jamais au correcteur blanc.
Exemple de transmission efficace
Douleur 6/10 à 14h00, antalgique administré, réévaluation à 14h30 : 3/10. Pansement sec. Surveillance douleur à poursuivre ce soir.
Surveillance infirmière et confidentialité
Le tableau de surveillance contient des données de santé personnelles : il relève du secret médical. Concrètement :
- le support papier est rangé hors de vue des visiteurs et des personnes non concernées ;
- le dossier numérique est protégé par un accès nominatif ;
- aucune information n’est partagée en dehors de l’équipe soignante.
Cette obligation de protection du dossier est inscrite dans le Code de la santé publique et constitue un principe fondamental de la déontologie infirmière.
Modèle de tableau de surveillance infirmière à adapter
1. Identification et contexte : nom, prénom, date de naissance, service, chambre, date, motif du suivi.
2. Constantes vitales : TA, FC, FR, SpO₂, température, douleur, état de conscience.
3. Soins et traitements : traitement, heure, voie d’administration, effet attendu, réévaluation.
4. Matériel et pansements : perfusion, cathéter, sonde, drain, oxygène, pansement.
5. Transmissions : signe inhabituel, action réalisée, personne prévenue (et heure), consigne pour l’équipe suivante.
Adaptez les rubriques à votre unité : glycémies en diabétologie, échelle de Glasgow en neurologie, poids quotidien en cardiologie. Vous pouvez structurer ce modèle dans une fiche mémo infirmier pour l’avoir toujours sous la main en stage.
Conseils pour les étudiants infirmiers
La surveillance infirmière est une compétence évaluée en stage. Avant de remplir chaque case, posez-vous cinq questions :
- Pourquoi est-ce que je surveille cette donnée ?
- Quelle valeur serait inquiétante pour ce patient ?
- Comment évolue-t-il par rapport à ce matin ?
- Que dois-je transmettre ?
- Qui dois-je prévenir ?
Mémorisez les piliers du suivi avec le mot VITAL :
- V — Valeurs vitales ;
- I — Interventions réalisées ;
- T — Traitements et réévaluation ;
- A — Alertes transmises ;
- L — Liaison avec l’équipe.
FAQ sur la surveillance infirmière
Qu’est-ce que la surveillance infirmière ?
C’est l’observation régulière et organisée du patient : recueil des constantes, repérage des signes d’alerte, traçabilité écrite et transmission des informations utiles à l’équipe. Elle relève du rôle propre infirmier (art. R. 4311-3 du Code de la santé publique).
À quoi sert un tableau de surveillance infirmière ?
Il centralise les constantes vitales, la douleur, les soins, les traitements, le matériel médical et les transmissions. Il rend l’évolution du patient visible en un coup d’œil et assure la continuité entre les équipes.
Que doit contenir un tableau de surveillance infirmière ?
L’heure de chaque relevé, les constantes (TA, FC, FR, SpO₂, température), la douleur, les soins et traitements administrés avec leur réévaluation, l’état des pansements et du matériel, ainsi que les transmissions.
Pourquoi la surveillance est-elle renforcée après une opération ?
L’état du patient peut se dégrader rapidement (hémorragie, douleur mal contrôlée, gêne respiratoire). Un suivi rapproché des constantes, du pansement, des drains et de la diurèse permet d’alerter à temps.
Comment bien remplir un tableau de surveillance infirmière ?
Avec des notes courtes, datées et chiffrées : écrivez les valeurs mesurées, les actions réalisées et le résultat de la réévaluation. Évitez toute formulation vague.
Quelle est l’erreur principale à éviter ?
Écrire des phrases générales comme « patient pas bien ». Remplacez-les par une description précise : signes observés, valeurs chiffrées, action effectuée, personne prévenue.
Conclusion
Le tableau de surveillance infirmière est un outil simple mais décisif : il structure l’observation, rend la dégradation visible et sécurise les transmissions. Une surveillance infirmière de qualité repose sur quatre piliers : des données chiffrées, un horodatage rigoureux, une réévaluation après chaque soin et une transmission structurée.
Pour l’étudiant comme pour le professionnel, retenez la règle essentielle : ce qui n’est pas écrit n’existe pas. La traçabilité n’est pas une contrainte administrative — c’est une garantie pour le patient et pour le soignant.
Pour aller plus loin sur MemoClinique
- Surveillance clinique infirmière : définition, cadre légal et outils
- Le rôle propre infirmier (art. R. 4311-3)
- Méthode ABCDE : évaluation systématique aux urgences
- Cas clinique infirmier : modèle et exemples corrigés
- Fiches de pharmacologie infirmière (UE 2.11)
- Fiche mémo infirmier : modèles et PDF
- Fiche pneumologie infirmier
Sources : Haute Autorité de Santé (dossier médical et coordination des soins) ; Code de la santé publique, articles R. 4311-3 et R. 4312-69 (Légifrance, consultés en septembre 2026).
Article rédigé par l’équipe MemoClinique et relu par un infirmier diplômé d’État. Dernière mise à jour : septembre 2026. Ce contenu est destiné à la formation des étudiants en soins infirmiers et ne remplace ni les protocoles de votre établissement ni l’avis d’un professionnel de santé.





