Transmission SBAR : Méthode Complète et Exemples Pratiques

transmission SBAR

Temps de lecture estimé : 12 minutes — Dernière mise à jour : Mai 2026


Table des matières

Table of Contents


Introduction

Une infirmière de nuit appelle le médecin de garde à 3h du matin. En 45 secondes, elle lui communique tout ce qu’il faut savoir sur le patient. Le médecin arrive, prescrit, le patient est pris en charge. Aucune information n’a été perdue. Aucune erreur ne s’est glissée dans la transmission.

Ce n’est pas de la chance. C’est la méthode SBAR.

Selon la Haute Autorité de Santé, les erreurs de communication entre soignants sont impliquées dans plus de 70% des événements indésirables graves en établissement de santé [À VÉRIFIER — Source : HAS, rapports REMED / ENEIS]. La transmission SBAR — Situation, Background, Assessment, Recommendation — est aujourd’hui recommandée par la HAS, l’OMS et l’ensemble des sociétés savantes de sécurité des soins comme l’outil de référence pour structurer la communication clinique.

Que vous soyez étudiant IFSI ou ISPITS, vous avez probablement déjà vécu une transmission chaotique — trop longue, mal structurée, incomplète. Cet article vous donne les outils pour ne plus jamais vivre ça.

À la fin de cette lecture, vous serez capable de :

  • ✅ Comprendre la logique et l’origine de la méthode SBAR
  • ✅ Maîtriser chaque lettre de l’acronyme avec son contenu précis
  • ✅ Rédiger et verbaliser une transmission SBAR complète en moins de 60 secondes
  • ✅ Adapter SBAR à 6 contextes cliniques différents
  • ✅ Identifier les 7 erreurs qui rendent une transmission inefficace

1. Qu’est-ce que la transmission SBAR ?

Définition

La transmission SBAR est une méthode de communication clinique structurée en 4 étapes — Situation, Background, Assessment, Recommendation — permettant de transmettre une information médicale de manière claire, complète et efficace entre soignants.

LettreSignificationQuestion posée
SSituationQui est ce patient et quel est le problème maintenant ?
BBackgroundQuel est le contexte pertinent à connaître ?
AAssessmentQuelle est mon évaluation de la situation ?
RRecommendationQu’est-ce que je demande ou propose ?

💡 À retenir :

SBAR n’est pas un formulaire à remplir — c’est une structure de pensée. Elle force le soignant à trier, hiérarchiser et synthétiser l’information avant de parler. C’est ce travail préparatoire qui fait toute la différence.

Origine de la méthode

Développée initialement dans la marine américaine pour les communications d’urgence à bord des sous-marins nucléaires, la méthode SBAR a été adaptée au milieu hospitalier dans les années 1990 par le Dr Michael Leonard (Kaiser Permanente, USA) et popularisée mondialement après son adoption par l’Institut for Healthcare Improvement (IHI). La HAS l’a intégrée dans ses recommandations françaises sur la sécurité des soins [À VÉRIFIER — date exacte recommandations HAS SBAR].


2. Pourquoi SBAR ? Les limites de la transmission traditionnelle

Ce qui se passe sans méthode structurée

Voici une transmission réelle telle qu’elle se passe souvent sans méthode :

« Docteur, le patient de la chambre 12… il va pas bien. Il a de la fièvre je crois, enfin il était chaud tout à l’heure. Il a des antécédents de… attendez je cherche son dossier… bon de toute façon il a l’air essoufflé depuis ce matin, ou peut-être hier soir, la collègue m’a dit quelque chose… Vous pouvez venir ? »

Problèmes identifiés :

  • Pas d’identification précise du patient
  • Données imprécises (« je crois », « il a l’air »)
  • Chronologie floue (« ce matin ou hier soir »)
  • Aucune demande claire formulée
  • Pas de contexte médical pertinent

Conséquences possibles :

  • Le médecin arrive sans préparation mentale
  • Des informations cruciales sont oubliées
  • Le temps de prise de décision est allongé
  • Le risque d’erreur est augmenté

Ce que SBAR apporte concrètement

Problème sans SBARSolution avec SBAR
Information chronologique et éparpilléeInformation hiérarchisée par importance
Données subjectives non étayéesDonnées objectives mesurées
Demande implicite ou absenteDemande explicite et formulée
Durée variable et souvent longueTransmission en 30-60 secondes
Risque d’omission d’informations critiquesStructure garantissant l’exhaustivité

3. S — Situation : la première seconde compte

Que contient le « S » ?

Le S de Situation répond à une seule question : Quel est le problème maintenant ?

Il doit contenir en 2 à 3 phrases :

  1. L’identité du patient (nom, âge, chambre, service)
  2. Le motif d’appel (le problème immédiat, précis)
  3. Le degré d’urgence ressenti (si pertinent)

Exemples de S — bien vs mal formulé

Mal formulé :

« Docteur, c’est l’infirmière du service, j’ai un patient qui ne va pas très bien… »

Bien formulé :

« Docteur, je vous appelle pour M. Karim, 58 ans, chambre 14, service de médecine interne. Il présente depuis 30 minutes une détresse respiratoire aiguë avec SpO2 à 88% sous air ambiant. »

📋 Checklist du S :

  • Nom et prénom du patient
  • Âge
  • Numéro de chambre / service
  • Problème précis et daté (« depuis X heures/minutes »)
  • Donnée objective principale (chiffre : SpO2, PA, T°, FC)

4. B — Background : le contexte qui change tout

Que contient le « B » ?

Le B de Background répond à la question : Qu’est-ce que le médecin doit savoir pour comprendre la situation ?

Il contient :

  1. Les antécédents médicaux pertinents (pas toute la liste — seulement ce qui est lié)
  2. Le motif d’hospitalisation actuel
  3. Les traitements en cours pertinents
  4. Les dernières données biologiques significatives
  5. L’évolution récente (depuis le dernier bilan)

Exemples de B — bien vs mal formulé

Mal formulé :

« Il a des antécédents de diabète, HTA, cholestérol, il a été opéré du genou en 2018, il a une allergie à la pénicilline et il prend plein de médicaments… »

Bien formulé :

« Il est hospitalisé depuis 3 jours pour décompensation cardiaque. ATCD d’insuffisance cardiaque gauche sévère (FEVG 30%). Sous furosémide 40mg. Bilan de ce matin : créatinine 145 μmol/L, natrémie 132 mmol/L. Il était stable à 15h, SpO2 96%. »

💡 À retenir : Le Background n’est pas une lecture du dossier médical complet. C’est une sélection des informations pertinentes pour le problème en cours. Si le patient tousse, l’allergie aux fruits de mer n’appartient pas au Background de cette transmission.


5. A — Assessment : l’analyse infirmière en 2 phrases

Que contient le « A » ?

Le A de Assessment est la partie la plus difficile pour les étudiants — et pourtant la plus précieuse. Il répond à : Quelle est mon évaluation clinique de la situation ?

Il contient :

  1. Un résumé synthétique de l’état du patient (données objectives)
  2. L’évolution par rapport à l’état antérieur (mieux / pareil / aggravé)
  3. Une hypothèse clinique possible si évidente — formulée avec précaution

⚠️ Attention : L’Assessment IDE n’est pas un diagnostic médical. Il décrit l’état clinique observé. On dit : « Le tableau évoque une décompensation cardiaque » — pas « Il fait un OAP ». La nuance est importante sur le plan médico-légal.

Exemples de A — bien vs mal formulé

Mal formulé :

« Je pense qu’il fait un OAP. »

Bien formulé :

« Son état s’est aggravé depuis 15h : SpO2 passée de 96% à 88%, FR à 28/min, crépitants fins aux deux bases, apparition d’une orthopnée. Le tableau est compatible avec une décompensation cardiaque [À confirmer]. Pas de douleur thoracique, pas de fièvre. »

📋 Checklist du A :

  • Constantes actuelles comparées aux constantes antérieures
  • Signes cliniques observés (auscultation, inspection)
  • Évolution : mieux / stable / aggravé depuis X heures
  • Signes d’alerte absents (rassurer le médecin sur ce qu’on n’a pas)
  • Hypothèse clinique possible — formulée avec réserve

6. R — Recommendation : demander sans hésiter

Que contient le « R » ?

Le R de Recommendation est la conclusion logique de la transmission. Il répond à : Qu’est-ce que je demande ou propose ?

Il contient :

  1. Une demande explicite et précise (passage, prescription, examen)
  2. Éventuellement une proposition de l’infirmier(ère) basée sur les protocoles
  3. Une demande de confirmation si nécessaire

Exemples de R — bien vs mal formulé

Mal formulé :

« Je pensais que vous pourriez peut-être venir si vous avez le temps… »

Bien formulé :

« Je souhaite que vous passiez l’évaluer en urgence. En attendant, puis-je débuter l’oxygénothérapie selon le protocole et préparer le matériel de VNI ? »

💡 À retenir : Le R transforme la transmission en action. Une transmission sans Recommendation est un constat — pas une communication efficace. Osez formuler votre demande. C’est votre droit et votre devoir professionnel.


7. SBAR en pratique : 6 exemples cliniques complets

Exemple 1 — Détresse respiratoire (OAP suspecté)

S : « Docteur, M. Alami, 74 ans, chambre 8, médecine interne. Détresse respiratoire aiguë depuis 20 min, SpO2 à 87% sous lunettes 2L/min. »

B : « Hospitalisé pour décompensation cardiaque, FEVG 25%. Traité par furosémide 80mg/j. Hier soir : SpO2 96%, poids stable. Ce matin : prise de poids de 2kg, jambes oedématiées. »

A : « FR à 30/min, crépitants fins bilatéraux aux bases, orthopnée, agitation. Dégradation rapide en 2 heures. Tableau évocateur de décompensation cardiaque gauche aiguë. »

R : « Passage en urgence demandé. J’installe en position demi-assise, O2 haut débit. Puis-je préparer le furosémide IV selon le protocole en attendant ? »


Exemple 2 — Douleur thoracique

S : « Docteur, Mme Benali, 62 ans, chambre 22, cardiologie. Douleur thoracique constrictive depuis 15 min, EVA 7/10, irradiant vers le bras gauche. »

B : « Hospitalisée pour bilan de coronaropathie. ATCD d’IDM en 2021, stentée. Dernier ECG il y a 4h : normal. Sous aspirine + bêtabloquant. »

A : « PA 155/95, FC 98/min, sueurs froides, pâleur. Douleur non soulagée par le changement de position. ECG de contrôle non encore réalisé. »

R : « Passage urgent demandé. ECG réalisé en attente de votre interprétation. Trinitrine sublinguale selon protocole ? »


Exemple 3 — Chute avec suspicion de fracture

S : « Docteur, M. Rhoudi, 82 ans, chambre 5, gériatrie. Chute au sol à 14h30. Douleur importante à la hanche droite, impossible de se lever. »

B : « Hospitalisé pour rééducation post-AVC. ATCD d’ostéoporose. Sous anticoagulant (HBPM préventif). Autonome avec déambulateur. »

A : « Raccourcissement du membre inférieur droit, rotation externe, EVA 8/10. Pas de plaie cutanée. Constantes stables. Pas de perte de connaissance signalée. Glasgow 15. »

R : « Radiographie de hanche droite en urgence demandée. Patient immobilisé, antalgique IV selon protocole ? Prévenir chirurgie ? »


Exemple 4 — Glycémie capillaire critique

S : « Docteur, Mme Ouali, 55 ans, chambre 17, diabétologie. Glycémie capillaire à 0,45 g/L à 7h30, patient confus. »

B : « Diabétique type 1 sous insuline. Hier soir : insuline rapide 10U injectée. A peu mangé au dîner. Dernière glycémie à minuit : 1,2 g/L. »

A : « Patiente confuse, sueurs profuses, tremblements. Glasgow 13. FC 110/min, PA 100/65. Ne peut pas avaler de sucre en l’état actuel. »

R : « Resucrage IV nécessaire. Glucosé 30% IV selon protocole hypoglycémie sévère ? »


Exemple 5 — Fièvre post-opératoire

S : « Docteur, M. Chraibi, 45 ans, chambre 31, chirurgie digestive. Fièvre à 39,2°C à J2 post-appendicectomie. »

B : « Appendicectomie sous cœlioscopie hier matin, suites initialement simples. Pas d’allergie. Pas d’antibiothérapie préventive prescrite. Dernier bilan préopératoire : NFS normale. »

A : « PA 125/80, FC 95/min, FR 18/min. Plaie opératoire propre, pas de signe d’infection locale. Pas de signes urinaires. Défense abdominale absente. Douleur EVA 4/10 au niveau de la cicatrice. »

R : « Bilan infectieux demandé (NFS, CRP, hémocultures si fièvre > 38,5°C selon protocole) ? Paracétamol IV selon prescription ? »


Exemple 6 — Transfert entre services

S : « Bonjour, je suis l’IDE du service cardiologie. Je vous transfère M. Benchekroun, 68 ans, pour suite de prise en charge en médecine interne. »

B : « Hospitalisé 5 jours pour FA paroxystique. Cardioversion médicale réussie le J3. ATCD : HTA, diabète type 2. Traitements de sortie : anticoagulant (rivaroxaban), amiodarone, metformine. Allergie : pénicilline (éruption). »

A : « Actuellement stable. Rythme sinusal sur le dernier ECG. PA 130/80, FC 72/min. Pas de dyspnée. Autonome. Glasgow 15. Dossier complet transmis. »

R : « Prochain bilan sanguin prévu demain matin à jeun (INR, glycémie, bilan hépatique sous amiodarone). Surveillance PA et FC rapprochée demandée. »


8. SBAR écrit vs SBAR oral : les deux usages

SBAR oral (téléphone / face à face)

Utilisé pour les appels urgents au médecin, les transmissions de garde, et les passages de consignes verbaux. La règle : 30 à 60 secondes maximum pour le S et le B, 30 secondes pour le A et le R.

Bonnes pratiques :

  • Préparer ses données avant de décrocher le téléphone
  • Avoir le dossier du patient sous les yeux
  • Parler distinctement, sans jargon ambigu
  • Confirmer la compréhension : « Avez-vous besoin d’autres informations ? »

SBAR écrit (dossier de soins / transmissions ciblées)

Utilisé pour les transmissions ciblées dans le dossier de soins infirmier, les comptes rendus de surveillance, et les fiches de liaison inter-établissements.

Structure dans le dossier :

[S] 16h45 — M. X, SpO2 chutée à 91%, tachycardie à 108/min, apparition dyspnée.
[B] ATCD IC sévère, bilan de ce matin : SpO2 96%, PA 130/80.
[A] Aggravation depuis 2h, crépitants fins aux bases, jambes plus oedématiées.
    Tableau compatible décompensation cardiaque. Pas de douleur thoracique.
[R] Dr Y prévenu à 16h50. Prescriptions obtenues : furosémide 40mg IV,
    O2 2L/min, bilan biologique urgent. Surveillance rapprochée toutes les heures.
UsageFormatDurée/LongueurContexte
Oral téléphoniqueVerbal structuré60-90 secondesUrgence, appel médecin
Oral face à faceVerbal + dossier2-3 minutesPassage de consignes
Écrit dossierTransmissions ciblées5-8 lignesSurveillance courante
Écrit fiche liaisonDocument structuré1 pageTransfert inter-services

9. SBAR et la sécurité des soins : ce que dit la HAS

Les recommandations officielles

La Haute Autorité de Santé (HAS) intègre la méthode SBAR dans son programme national d’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins. Elle figure notamment dans :

  • Le Manuel de certification des établissements de santé (critère communication entre professionnels) [À VÉRIFIER — référence exacte HAS]
  • Les recommandations sur la prévention des événements indésirables graves (EIG)
  • Les outils du programme « Ensemble, Améliorons la Qualité et la Sécurité des Soins »

L’OMS, dans ses solutions pour la sécurité des patients (2007), recommande également le SBAR comme standard international de communication clinique [À VÉRIFIER — référence OMS exacte].

L’impact mesurable du SBAR

Des études hospitalières ont montré que l’implémentation systématique du SBAR :

  • Réduit le temps de transmission d’urgence de 40% [À VÉRIFIER]
  • Diminue les erreurs liées aux transmissions incomplètes
  • Améliore la satisfaction des médecins vis-à-vis des appels infirmiers
  • Réduit le nombre d’appels de rappel pour informations manquantes

10. Adapter SBAR selon le contexte clinique

SBAR en urgence vs SBAR en routine

ContextePrioritéDurée cibleAccent sur
Urgence vitaleImmédiate< 30 secondesS uniquement + demande
Urgence non vitaleRapide60-90 secondesS + A + R
Appel médecin de gardeStandard90 secondesS + B + A + R complet
Passage de consignesPlanifié3-5 minutesB + A détaillés
Transfert inter-servicesDocumenté5 minutes + écritB exhaustif + R précis

SBAR adapté aux situations spécifiques

SBAR pédiatrique : Inclure l’âge exact, le poids (pour les doses), les parents présents ou non, et les paramètres adaptés à l’âge.

SBAR gériatrique : Intégrer l’état cognitif de base (MMS si disponible), l’autonomie fonctionnelle (ADL), et la liste complète des médicaments (risque iatrogène élevé).

SBAR en psychiatrie : Préciser l’état de conscience, le niveau d’agitation, les antécédents de passages à l’acte, et la médication psychiatrique en cours.

SBAR post-opératoire : Inclure systématiquement le type d’intervention, le délai post-opératoire, les drains / sondes en place, et le bilan douleur.


11. Le rôle infirmier dans la transmission SBAR

Compétences mobilisées par le SBAR

La transmission SBAR mobilise simultanément plusieurs compétences infirmières fondamentales :

Compétence IDEComment SBAR la mobilise
Observation cliniqueAlimenter le S et le A avec des données objectives
Raisonnement cliniqueSélectionner les informations pertinentes pour le B
Communication professionnelleStructurer et verbaliser clairement
Prise de décisionFormuler une Recommendation adaptée
TraçabilitéDocumenter la transmission dans le dossier

Ce que SBAR n’est pas

  • ❌ Un outil pour poser un diagnostic médical
  • ❌ Un prétexte pour communiquer des suppositions non étayées
  • ❌ Une liste exhaustive de tout ce qui figure dans le dossier
  • ❌ Une formule magique qui remplace le jugement clinique

12. Cas clinique flash

Situation : Vous êtes IDE de nuit en service de chirurgie. À 2h du matin, vous constatez que M. T., 67 ans, opéré d’une résection colique il y a 36 heures, présente une agitation inhabituelle, une PA à 85/55 mmHg, une FC à 118/min, une fréquence respiratoire à 24/min et une température à 38,9°C. La diurèse des 3 dernières heures est à 45 mL au total. Il est pâle, marbrures aux genoux.

Question : Rédigez une transmission SBAR complète.

Réponse guidée :

S : « Docteur, je vous appelle en urgence pour M. T., 67 ans, chambre 3, chirurgie. État hémodynamique instable apparu à 2h : PA 85/55, FC 118, agitation, marbrures. »

B : « Opéré d’une résection colique il y a 36h. Suites initialement simples. Bilan J1 post-op normal. Dernière PA à minuit : 120/75, FC 82. Pas d’allergie. »

A : « Dégradation rapide en 2 heures. T° 38,9°C, FR 24/min, oligurie sévère (45 mL/3h), marbrures genoux, pâleur. Tableau compatible avec choc septique débutant [À confirmer]. Pas de saignement extériorisé visible. »

R : « Passage en urgence immédiate demandé. En attente : O2, voie veineuse de gros calibre si non en place, bilan prélevé (NFS, CRP, lactates, hémocultures). Transfert réanimation envisagé ? »


13. Les 7 erreurs fréquentes à éviter

⚠️ Encadré — Erreurs critiques :

  1. Appeler sans préparer → Dossier non consulté avant l’appel → informations manquantes, hésitations, perte de crédibilité
  2. Confondre Assessment et diagnostic → « Il fait un OAP » au lieu de « Tableau évocateur de décompensation cardiaque » → positionnement non conforme au rôle IDE
  3. Background trop long → Lire toute l’histoire médicale → médecin décroché mentalement, informations clés noyées dans le bruit
  4. Oublier le R → Décrire sans demander → médecin qui attend une conclusion, transmission sans décision
  5. Données non chiffrées → « Il est essoufflé » au lieu de « FR 28/min, SpO2 91% » → information non exploitable cliniquement
  6. Ne pas tracer la transmission → Appel réalisé mais non documenté → absence de preuve médico-légale
  7. Utiliser le SBAR pour une seule situation → SBAR uniquement pour les urgences → manque la valeur du SBAR en transmissions de routine et transferts

14. Mnémonique et aide-mémoire exclusifs

🧠 Mnémonique : retenir les 4 lettres

« Soignants Bien Alertés, Réagissent »

Situation → Background → Assessment → Recommendation


🧠 Mnémonique : contenu de chaque lettre

S = « QUI ? QUOI ? QUAND ? » Patient + Problème + Délai

B = « POURQUOI EST-IL LÀ ? » ATCD pertinents + Hospitalisation + Traitements + Derniers bilans

A = « OÙ EN EST-ON ? » Constantes actuelles + Évolution + Hypothèse clinique

R = « QU’EST-CE QUE JE VEUX ? » Demande explicite + Proposition IDE


🧠 Check rapide avant d’appeler — 4 questions à se poser

Avant de décrocher :
1. Est-ce que je sais qui est le patient ? (S)
2. Est-ce que j'ai les 3 infos contextuelles clés ? (B)
3. Est-ce que j'ai les constantes actuelles vs antérieures ? (A)
4. Est-ce que je sais ce que je demande ? (R)
→ Si OUI aux 4 : appelez.
→ Si NON à l'une : 60 secondes de préparation supplémentaires.

15. Tableau de synthèse finale {#synthese}

LettreContenu obligatoireContenu facultatifDurée cible
SNom, âge, chambre, problème, donnée objectiveDegré d’urgence ressenti15-20 sec
BMotif hospi, ATCD pertinents, traitements liés, derniers bilansÉvolution antérieure20-30 sec
AConstantes actuelles, signes cliniques, évolution vs baselineSignes négatifs importants20-30 sec
RDemande explicite (passage, prescription, examen)Proposition IDE, demande confirmation10-15 sec
Total60-90 sec

16. FAQ — Questions fréquentes

Qu’est-ce que la méthode SBAR en soins infirmiers ?

SBAR est une méthode de communication clinique structurée en 4 étapes : Situation (qui est le patient et quel est le problème), Background (contexte médical pertinent), Assessment (évaluation clinique actuelle) et Recommendation (demande explicite au médecin). Elle est recommandée par la HAS pour améliorer la sécurité des transmissions entre soignants.

Quelle est la différence entre SBAR et les transmissions ciblées ?

Les transmissions ciblées (format SOAP ou narratif) documentent l’évolution du patient dans le dossier de soins au fil du temps. Le SBAR est un outil de communication active entre soignants, utilisé lors d’un appel ou d’une passation orale. Les deux sont complémentaires : le SBAR peut être documenté sous forme de transmission ciblée dans le dossier.

Comment préparer un SBAR avant d’appeler le médecin ?

Avant d’appeler, consultez le dossier du patient et notez : son identité, son motif d’hospitalisation, ses ATCD pertinents, ses constantes actuelles et les dernières mesures de référence. Formulez mentalement votre demande. Cette préparation de 2 minutes transforme un appel hésitant en une transmission professionnelle et efficace.

Le SBAR s’utilise-t-il uniquement pour les urgences ?

Non. Le SBAR s’utilise dans tous les contextes : urgences, appels de garde, transmissions inter-équipes, passages de consignes, transferts inter-services, et comptes rendus téléphoniques au médecin traitant. Son utilisation systématique en routine améliore la qualité globale de la communication et prépare les soignants à l’efficacité en situation d’urgence.

Que faire si le médecin ne répond pas à votre transmission SBAR ?

Si le médecin ne répond pas ou minimise votre alerte, vous pouvez utiliser le modèle CUS (Concerned – Uncomfortable – Safety) : « Je suis inquiet(e) de l’état du patient, je suis mal à l’aise avec cette situation, je pense que la sécurité est en jeu. » Documentez systématiquement l’heure de votre appel, le nom du médecin contacté et la réponse obtenue.

Comment évaluer si son SBAR est bien rédigé ?

Un bon SBAR répond aux 4 questions clés : Qui/Quoi/Quand (S), Pourquoi est-il là (B), Où en est-on (A), Que demandez-vous (R). Il est chiffré (constantes, délais), sélectif (pas exhaustif), orienté vers l’action, et tient en 60 à 90 secondes à l’oral ou 5 à 8 lignes à l’écrit.

SBAR est-il obligatoire dans tous les établissements ?

Le SBAR n’est pas une obligation légale en soi, mais la sécurité des transmissions est une exigence de la certification HAS. De nombreux établissements l’ont adopté dans leurs protocoles internes. Pour l’étudiant en stage, utiliser le SBAR témoigne d’une démarche professionnelle rigoureuse et est généralement valorisé par les encadrants.

Comment utiliser SBAR lors d’un transfert de patient ?

Pour un transfert, le SBAR doit être particulièrement exhaustif dans le B (contexte complet) et le R (consignes précises pour le service receveur). Il est conseillé de rédiger un SBAR écrit accompagnant le patient, en plus de la transmission orale. Inclure : motif d’entrée, évolution du séjour, traitements, résultats clés, et les points de vigilance spécifiques.


17. Points clés à retenir

✅ SBAR = Situation + Background + Assessment + Recommendation — 4 lettres, 4 questions précises ✅ Mnémonique : « Soignants Bien Alertés, Réagissent » ✅ Préparer ses données avant d’appeler — 2 minutes de préparation = 10 minutes gagnées ✅ Le A décrit, n’interprète pas : « tableau compatible avec… » jamais « il a… » ✅ Le R est obligatoire — une transmission sans demande n’est pas un SBAR complet ✅ SBAR oral = 60-90 secondes ; SBAR écrit = 5-8 lignes structurées ✅ Toujours documenter l’appel dans le dossier : heure, médecin contacté, réponse obtenue ✅ SBAR s’adapte à tous les contextes : urgence, routine, transfert, pédiatrie, gériatrie ✅ La HAS recommande le SBAR comme standard de communication pour la sécurité des soins ✅ Un SBAR bien réalisé renforce la crédibilité professionnelle de l’IDE auprès de l’équipe médicale


18. Ressources complémentaires

Articles internes memoclinique.com

⚠️ URLs à remplacer par vos liens réels

Sources externes autoritaires


19. Conclusion

Vous venez de transformer SBAR d’un acronyme abstrait en une compétence concrète. Vous savez maintenant ce que contient chaque lettre, vous avez 6 exemples prêts à utiliser comme modèles, et vous connaissez les 7 erreurs qui sabotent une bonne transmission.

La prochaine fois que vous décrocherez le téléphone à 3h du matin pour appeler le médecin, vous ne tâtonnerez plus. Vous aurez une structure. Et cette structure, c’est ce qui distingue le soignant professionnel du soignant en formation.

3 réflexes à ancrer dès votre prochain stage :

  1. 2 minutes de préparation avant chaque appel — dossier ouvert, 4 lettres en tête
  2. Chiffrez toujours — jamais « il est essoufflé », toujours « FR 28/min, SpO2 91% »
  3. Documentez systématiquement — heure, médecin, réponse, prescription obtenue

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⚠️ Avertissement médico-éducatif

Les informations publiées sur MemoClinique sont destinées exclusivement à des fins pédagogiques pour les étudiants en formation infirmière. Elles ne remplacent pas un avis médical professionnel ni les protocoles officiels de votre établissement. Les exemples de transmission SBAR présentés sont fictifs et à adapter aux protocoles de votre établissement.

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